Dépressive en convalescence

magma

On n’en fera pas une habitude sur ce blog, qui reste celui d’un lecteur avant d’être une plateforme de partage sur mes activités pros, mais qui a dit que les deux ne pouvaient pas être compatibles. Magma Tunis, premier roman d’Aymen Gharbi, un jeune auteur tunisien qui écrit en français, paraitra le 30 août prochain aux éditions Asphalte. Une singulière manière de restituer les états d’esprit de la jeunesse Tunisienne post printemps arabes. Volontiers fantasque, une étrange inquiétude sourd de ce roman qui s’attache notamment aux pas de Gaylène, un jeune homme qui a laissé le cadavre de sa compagne dans sa salle de bain avant de partir en errance dans les rues surchauffées de Tunis. Et voici un extrait pour vous donner envie de plonger dans l’histoire.

*

 

« 13 h 46, rue de Rome : une forte rafale de vent balayait la poussière ainsi que de rares nuages. Faute de trouver du cannabis oublié au fond de ses poches, Ghaylène se perdait dans des arguties sans fin. Que se passeraitil si le plafond de la salle de bain décidait de s’écrouler aujourd’hui ? se demandaitil en accélérant le pas en direction de l’Avenue. Immédiatement, il regretta cette pensée trop puérile pour le contexte critique qu’il vivait. Au fond, je suis un peu comme ce pâtissier happé par sa télévision, ou bien ce mec en extase devant un palmier décapité, tous fébriles devant des ennemis en carton-pâte qui ne font que colmater les failles de nos vies.

En se faisant cette réflexion, il prenait conscience que si l’effondrement du plafond l’angoissait autant, c’était qu’il craignait que ses voisins découvrent le corps gisant dans sa salle de bain.

Et voilà que ses pensées revenaient naturellement vers elle, lorsqu’elle était encore vivante, très précisément aux premières secondes où il la vit. Ghaylène se demandait combien de temps s’était écoulé depuis leur première rencontre par une journée aussi mitigée que celle-ci, dans une petite cafétéria de la rue de Marseille. S’il n’avait pas remarqué son entrée, il avait en revanche ressenti une présence singulière lorsque, assistée par une personne qu’il supposait être sa mère, elle s’était douloureusement assise à une table à côté de la sienne et avait soigneusement posé deux livres devant elle, en les alignant bien : Le Livre des exemples d’Ibn Khaldoun et L’Innommable de Samuel Beckett.

Ce qui avait attiré l’attention de Ghaylène d’entrée de jeu, c’était qu’elle les contemplait sans oser les prendre entre ses mains. Le simple fait de les feuilleter semblait pour elle un programme colossal qu’elle était incapable d’entreprendre. Elle se contentait de les regarder l’un après l’autre, en dévisageant parfois les gens autour d’elle, comme si elle venait de se rendre compte de leur présence. Sa mère supposée, avant d’aller commander deux jus d’orange frais, lui avait soufflé quelque chose à l’oreille et avait promené sur elle le regard bienveillant d’une personne qui veut se convaincre de la guérison totale d’un être chéri. Mais en fait il n’en était rien, sa fille glissait hermétiquement sur les choses, effleurait de ses doigts exsangues un monde lointain et n’arrivait même pas à comprendre le sens des mots inscrits sur les couvertures des livres. Le Livre des exemples était un titre forgé dans une langue extraterrestre et L’Innommable un terme aussi inexpressif que les oreilles d’une vache.

En buvant son café au lait à petites gorgées, Ghaylène décelait en elle des signes de folie, confirmée par le parallélisme maniaque avec lequel elle disposait ses livres sur la table. Et il en arrivait à trouver poignant son visage, qu’il devinait être celui d’une dépressive en convalescence. Sa capacité à raconter sa douleur sans dire un seul mot avait atteint un tel raffinement qu’une heure plus tard, Ghaylène croyait parfaitement connaître sa vie émotive. Sa supposée mère ayant fini par prendre congé, il ne put s’empêcher d’aller s’asseoir à la table de la jeune femme, aimanté par une irrépressible envie de lui parler.

Quand il avait engagé la conversation avec elle, ses réponses avaient été si laconiques qu’il avait essayé, après un moment de flottement fatal pour la conversation, de la pousser dans ses derniers retranchements en lui exposant ce qu’il avait imaginé à son sujet.

« L’incompatibilité entre les deux livres que vous avez posés devant vous m’a interpellé et je pense qu’ils prouvent que vous êtes en dépression. Je vous explique mon point de vue… »

Il faut dire que Ghaylène aimait bien produire ce genre de constat direct, la compréhension de la psychologie d’autrui lui semblant une qualité insigne qu’il fallait exhiber pour séduire. Mais la réponse cinglante de la jeune femme lui avait fait regretter cette entrée en matière :

« Avec la gueule que j’ai, faut être très intelligent pour remarquer que je suis dépressive ! avait-elle ironisé.

– Dépressive en convalescence », avait-il alors précisé.

Elle avait balayé ce distinguo d’un geste désinvolte.

« Aujourd’hui, c’est la première fois que j’accepte de sortir après deux mois de réclusion dans ma chambre. Ma mère m’a emmenée manger une glace sur la plage de Radès, puis m’a conduit à la bibliothèque parce qu’elle sait que j’aime bien lire. Làbas, j’ai emprunté ces livres au hasard, juste pour la rassurer. Donc ça n’a aucun sens, ce que tu dis ! »

Sur ce, elle avait coupé court à la controverse, arguant qu’elle devait prendre un bus pour La Manouba qui ne passait que toutes les deux heures, ce qui était un faux prétexte puisqu’un tramway desservait cette banlieue chaque demi-heure depuis la station Barcelone.

Ce premier contact, assez problématique, n’avait pas empêché Ghaylène de rêver d’elle, le visage fouetté par le vent toxique de la corniche de Radès, les yeux perdus dans la perspective des usines crachant vers la mer leurs déchets vénéneux. Ni de la recroiser deux semaines plus tard dans la même cafétéria, lisant un numéro d’Al Fikr, une publication arabophone disparue au milieu des années 1980. Lorsqu’elle avait reposé sa revue sur la table pour se dégourdir les mains, elle l’avait reconnu, cherché joyeusement son regard et invité à la rejoindre d’un geste toujours engourdi. Après s’être présenté des excuses mutuelles pour leurs comportements de la dernière fois, elle avait enchaîné sur un ton enjoué qui l’avait surpris :

« Ta précision, “dépressive en convalescence”, n’a pas cessé de trotter dans ma tête et m’a trop fait rire. »

Sans le laisser répondre, elle s’était lancée dans une explication sur les causes de sa dépression. À croire qu’elle attendait cette discussion depuis qu’ils s’étaient quittés. La raison principale en était un garçon qui l’avait larguée, « bien sûr, et je ne suis pas très originale sur ce coup », mais plus fondamentalement il s’agissait d’une crise existentielle salutaire grâce à laquelle elle avait réussi à tout remettre en cause. Elle parlait avec un débit rapide, comme si elle récitait une leçon, et semblait se justifier devant Ghaylène, cet inconnu indiscret qui lui demandait des comptes sur sa vie. Elle lui avait confié que « l’incompatibilité » entre ses deux livres, comme il l’avait dit, n’était finalement pas si innocente :

« C’est les deux chemins différents que devait prendre ma vie », avait-elle expliqué.

En gros, elle était à ce moment-là écartelée entre la sociologie, discipline qui lui semblait à même de combler sa soif de connaissances tout en l’immergeant dans la vie, et la littérature, un univers composé de figures dangereuses comme Abul-Alâ Al Maari ou Samuel Beckett, risquant de la dégoûter définitivement du monde.

« J’ai fini par choisir la sociologie. »

Leur conversation s’était ensuite muée en bavardage plus anodin, puis elle l’avait accompagné dans une promenade sur l’Avenue d’abord, puis jusqu’à son appartement qui, lui assuraitil, se trouvait dans un quartier sur lequel elle pourrait écrire une thèse de sociologie.

Ce jourlà, ils avaient fait l’amour chez lui. Cette précipitation lui avait fait peur et il s’en était voulu de profiter de son état psychologique fragile.

« J’avais besoin de ça, depuis le temps », lui avait-elle soufflé, à la fois pour le rassurer et pour donner, dès le départ, une motivation exclusivement charnelle à leur relation.

Quelques semaines plus tard, son visage perdit la splendeur blême de la dépression pour acquérir une beauté d’une tout autre nature : ses pommettes sèches prirent du relief, ses yeux auparavant boursouflés par le dépit devinrent ronds et rayonnants, ses vêtements s’égayèrent de couleurs moins sombres. Les moments d’hébétude dans lesquels elle s’abîmait devenaient moins longs. Elle arrivait à se concentrer suffisamment pour lire des ouvrages de sociologie et engager des débats sur l’art ou l’urbanisme. Elle venait très régulièrement chez Ghaylène et passait ses soirées à traîner dans son appartement ou sur son balcon, à fumer des joints, à boire du vin blanc et à annoter de vieux numéros de la revue Al Fikr qu’elle achetait chez un bouquiniste de la rue des Tanneurs.

Son regard s’était ouvert sur le vacarme du monde avec un désintéressement qui émerveillait Ghaylène. Elle s’était particulièrement éprise d’un magasin de chasse et pêche situé en bas de l’immeuble, glorieusement intitulé Aux armes renommées. Elle avait repéré dans la vitrine une énorme réplique articulée d’un couteau suisse qui avait la particularité de plier et déplier automatiquement ses nombreux ustensiles, dans le but de les exposer aux chalands. Elle le prenait pour un être vivant auquel elle avait même pris l’habitude de s’adresser chaque fois qu’elle passait devant. Souvent, lorsqu’ils invitaient leurs amis à des soirées, ils finissaient la nuit dehors, assis sur le trottoir face au couteau suisse, les yeux rivés sur ses mouvements mélancoliques qu’éclairait un néon bleu à la lumière aussi agressive qu’intermittente.

Malgré cette exubérance relative qui l’avait transformée, Ghaylène n’était pas encore sûr de savoir si elle était vraiment sortie de sa dépression. Son attirance exagérée pour le couteau suisse lui avait paru à la longue morbide en dépit de son indéniable sens poétique. Et même si elle le rassurait sur sa santé mentale par des réponses catégoriques, force était de constater qu’elle était toujours aussi lunatique que le jour où il l’avait connue. Il n’arrivait pas à comprendre si c’était un trait de son caractère ou bien un effet de sa dépression. Sa ponctualité était approximative, sa mémoire fuyante, ses silences interminables. Et ce qui le désappointait encore plus, c’est que parfois, lorsqu’ils faisaient l’amour, elle plongeait dans une profonde neurasthénie, les yeux vides de toute émotion. Chaque fois qu’il lui demandait des éclaircissements sur ce comportement, elle lui assurait avec une moue sardonique qu’il lui fallait du temps pour « redevenir heureuse comme les cons ».

Son état maladif, qui l’avait attiré au début, le dérangeait désormais au plus haut point, car son ambition secrète de l’en sortir n’aboutissait guère. Et autant il mettait de l’énergie mâle à sauver sa bienaimée du néant, autant il était mortifié par son indifférence envers ses efforts.

Un jour, il lui avait donné rendezvous près de la grande horloge de l’Avenue pour qu’ils aillent ensemble chez l’une de leurs amies communes. Elle n’était pas venue. Quand il avait exigé des explications le lendemain, elle avait dit que ses anxiolytiques lui donnaient d’affreux trous de mémoire. Il lui avait alors adressé un monologue réprobateur, où elle avait pu déceler la métamorphose amoureuse qui le travaillait. Alors, sans le regarder dans les yeux, elle l’avait supplié en riant de prendre du recul sur leur relation parce qu’elle ne se sentait pas en état de « gérer ses crises de jalousie ».

Cette déclaration l’avait davantage chagriné : non seulement rien ne pouvait le détourner de la pente qu’il dévalait dangereusement, mais sa jalousie avait effectivement pris une proportion absurde, et rien qu’entendre parler de la « gérer » suffisait à le faire enrager.

Cela s’était passé un an auparavant… Un an, vraiment ? Peut-être deux. Sur l’Avenue, juste en face de la rue Charles de-Gaulle, il était au moins sûr d’une chose : ce matin-là, avant de quitter son appartement, il avait étendu son cadavre sur le sol de la salle de bain, senti son pouls muet et  passé son index sur son front pâle, aussi pâle que lorsqu’il l’avait connue. »

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Ils font des jeux d’enfant et des fois non

nirliit

J’en ai déjà amplement parlé mais le 23 Août, NIRLIIT, le premier roman de Juliana Léveillé-Trudel traverse l’Atlantique pour partir à la conquête des lecteurs français. Une grande émotion de lecture ce texte, lu avant que je ne rejoigne l’aventure française des éditions La Peuplade. Un texte qui aborde des réalités dures, certes, mais qui, paradoxalement, sait parler de la vie avec une grande douceur. Une exploration intime du grand nord québécois, là où inuits et populations détachées pour le travail se croisent avec une rugosité à peine voilée. Petit extrait pour vous motiver à découvrir ce roman.

* * *

« Eté arctique. Il n’y a pas de nuit. Jamais. Le soleil disparaît derrière les montagnes en éclaboussant les nuages d’une lumière orangée. Il disparaît, mais ne se couche pas. Il fait sombre, mais jamais noir. Essayez donc d’expliquer ça aux autres, en bas. Essayez donc d’expliquer le degré exact de luminosité, l’effet que ça fait, la couleur du ciel. Dites que ça dépend, ça dépend s’il a fait soleil ou pas durant le jour, les jours ensoleillés donnent des nuits plus claires, les jours gris donnent des nuits plus grises, la nuit, les chats, tout le monde gris. Dites que c’est comme s’il était vingt-et-une heures en juillet, c’est bon ça, vingt-et-une heures en juillet. Tout est gris ou bien argent, le fjord est argent, dites que c’est tellement beau le fjord argent que ça donne le goût de brailler 2. J’ai souvent le goût de brailler, je ne suis pas nécessairement triste, c’est juste que c’est trop ici, trop beau ou trop dur.

Dors-tu ? C’est incroyable mais comment ils font pour dormir ?

Ils ne dorment pas. Les enfants galopent dans le village toute la nuit, ils font des jeux d’enfant et des fois non, des fois ils volent de l’essence dans les cabanons et arrosent ce qu’ils trouvent pour y mettre le feu, ils ajoutent de l’essence pour que ça flambe encore, et quand il n’y en a plus, ils retournent en chercher chez quelqu’un d’autre. Quads, motoneige, bateau : ça en prend de l’essence, il y en a partout. Des fois je pense qu’ils vont vraiment mettre le feu à quelque chose de gros, quelque chose comme une maison, des fois je pense qu’ils vont se brûler, qu’ils vont se détruire, mais ils marchent depuis tellement longtemps sur la ligne à ne jamais franchir, ils narguent la mort avec tellement d’irrévérence qu’ils sont intouchables.

C’est en vieillissant que ça se gâte, en vieillissant les petits feux ne suffisent plus, les cabanons et les maisons non plus. Il y a le fils de Qumaaluk, ton autre collègue, qui a retourné le gallon d’essence contre lui, un automne, ça fait bientôt deux ans. Parti en fumée à vingt-deux ans, parti gonfler les chiffres épeurants de nos statistiques de détresse qui explosent sous le poids des centaines d’Autochtones qui tirent chaque année leur révérence dans un retentissant fuck off. Le fils de Qumaaluk s’est fait exploser dans le cabanon, c’est elle qui me l’a dit à l’aéroport, avant même de quitter Montréal, les tragédies boréales rugissent déjà à mon oreille. Quand on revoit quelqu’un après longtemps, il faut s’attendre à tout, on ne lui demande pas « Comment ça va ? » comme une absurde banalité à laquelle on n’attend pas de réponse, parce que comment ça va, ici, ça peut entraîner des réponses comme « Ça ne va pas, mon fils a mis le feu à son propre corps l’automne passé ». Qumaaluk dit qu’on va tous mourir, mais que ça ne doit pas se passer comme ça, Qumaaluk dit qu’elle ne peut pas accepter la mort de son fils, Qumaaluk est debout et s’occupe de ses deux autres enfants qui n’ont pas cinq ans et qui sont blonds comme les blés, ils tiennent ça de leur papa Qallunaaq, fantaisie génétique, ils ont le visage des Inuits et la blondeur du Sud, Qumaaluk est entourée d’anges, et c’est une chance parce qu’il y a tant de morts à compter, ici.

*

Toi, Eva, tu es allée rejoindre d’autres statistiques où vous êtes surreprésentées, celles des femmes victimes de violence. Pas la violence conjugale, mais ça aurait pu, il y a de l’amour violent entre les murs de ces maisons presque identiques, il y a de la jalousie féroce, il y a confusion entre aimer et posséder, vous qui possédez beaucoup mais si peu de choses.

Votre maison ne vous appartient pas. Votre terrain non plus. Tout ça vous est gracieusement prêté par le gouvernement. N’est-ce pas qu’on est fins 3 ? On vous pique votre territoire, mais on vous le prête après. Est-ce pour ça que vous avez tellement besoin de posséder ? Des motoneiges, des bateaux, des quads, des camions pour faire le tour d’un village de quatre rues. Pour vous échapper de vos maisons surpeuplées où vous vivez les uns sur les autres. Vous manquez d’espace dans votre immensité nordique. Comment ça se fait que toute cette richesse ressemble tellement au tiers-monde ?

Les gars de la construction sont jaloux. J’aimerais ça moé ostie avoir du cash pour me payer un Ski-Doo pis un bateau, j’aimerais ça crisse pas travailler pis passer mes journées à la pêche, crisse qu’y sont ben pareil. J’ai déjà entendu ça avant, en bas aussi ils sont une maudite gang qui aimerait donc ça être à la place des BS.

L’argent vous tombe dessus, mais il repart aussi vite qu’il arrive, on vous a montré des distractions qui coûtent cher, hein Eva ? Te rappelles-tu de ton ancien chum, le directeur de l’école ? Te rappelles-tu du bon père de famille qui te fournissait de l’alcool quand il avait envie de sexe ? Ça coûte une fortune l’alcool ici, c’est normal, tout coûte une fortune ici, même une pinte de lait, alors un dix onces de vodka à deux cents dollars, personne ne rechigne pour payer ça. Le directeur de l’école n’avait pas besoin de payer aussi cher, nous autres les Blancs on peut s’en monter du Sud de l’alcool, s’en monter beaucoup et le distribuer comme bon nous semble : une pipe un dix onces, c’est la loi de l’offre et de la demande.

*

Est-ce qu’on t’a déjà dit que tes yeux étaient magnifiques et ton sourire ?

C’est dangereux pour les belles femmes ici. Nancy

court à ma rencontre : la préadolescente boudeuse et boulotte est en train de se transformer en ravissante jeune fille. Toute jolie avec ses cheveux remontés et ses longues boucles d’oreilles, son corps qui s’allonge et s’affine, ses grands yeux qu’elle a commencé à maquiller. Ses treize ans lui vont si bien, à elle et à ses coquettes amies, et je me demande combien de temps encore, il vous reste combien de temps ? Combien de temps avant qu’un chum trop entreprenant ne vous impose l’heure de votre première fois, si ce n’est pas déjà fait, combien de temps avant de tomber enceinte et ne jamais oser penser à l’avortement ? Même pour une enfant de treize ans, même pour une victime de viol ou d’inceste.

Tu le sais, toi, Eva, grand-mère à quarante ans, ton fils Elijah et la jolie Maata, la jolie et minuscule Maata, seize ans et un bébé dans le capuchon, seize ans et caissière à la Coop, le bébé dans le landau à côté de la caisse, mais tu étais si fière, Eva, vous autres vous aimez les enfants plus que tout au monde, vous les aimez mal, souvent, mais vous les aimez.

Combien de temps avant que votre beauté éblouissante ne soit ravagée par la dureté de la vie nordique ? Combien de temps avant que les nombreuses grossesses et les Coca enfilés à la chaîne ne vous fassent prendre une cinquantaine de livres ? Combien de temps avant que l’alcool, la cigarette et les nuits blanches ne rident prématurément vos visages, que les dizaines de sortes de bonbons disponibles à la Coop n’aient raison de la plupart de vos dents, combien de temps avant d’avoir vingt-cinq ans et d’en paraître quarante ? Des fois c’est très court, des fois vous atteignez le summum de votre beauté à treize ans et c’est terminé à quatorze, des fois vous êtes trop dures pour vous-mêmes ou alors c’est la vie qui ne vous fait pas de cadeau, des fois quatorze ans et déjà fanées les jolies roses du Nord.

Il y a Julia superbe l’été dernier, Julia comme une future reine, mais c’est fini maintenant, Julia le visage boursouflé par l’alcool et la drogue, le corps alourdi par toutes ces cochonneries que la Coop vend moins cher que les légumes, les yeux éteints par je ne sais quelle tristesse, oh, Julia. Julia traîne ses pas lourds dans les rues de Salluit, elle a laissé l’école et ne fout rien de ses journées sauf promener son désespoir, son renoncement au monde, parfois seule, parfois avec d’autres qui partagent la même misère. Je croise souvent leur chemin, et les fillettes qui me suivent me chuchotent à l’oreille en les pointant du doigt : les drop-out. Elles pourraient me chuchoter les pestiférés ou les sidéens sur le même ton, le ton des calamités, le ton de la honte et du mépris, et pourtant vous aussi, mes pauvres petites chéries, vous risquez fort de connaître le même sort, dans votre école qui ne sait pas comment vous garder entre ses murs. »

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Plongée dans le noir

COUV__KEPAS

« Le nez coule et renifle, les pupilles pas assez rétrécies pleurent et derrière les larmes le regard est fixe, halluciné, les joues sont creuses, peau blanche, le corps parcouru de frissons est cassé par une barre circulaire qui part des reins, entoure la taille et vient cogner à l’intérieur des tripes, les jambes sont lourdes et fatiguées, la bouche glaviotte tous les vingt mètres. C’est une maladie.

On fait le même trajet : Maine-Vandamme-Gaîté-Edgar- Quinet, dans ce sens et dans le sens inverse, plusieurs fois, toujours la nuit, quand il fait froid on a encore plus froid, mais à l’intérieur, le long des os. Si on a cinq balles, on s’assied au Liberté, on commande un café qu’on ne boit pas, c’est seulement pour être assis, pour immobiliser les douleurs. Sur le trajet ou au Liberté, on se reconnaît à cause de cette maladie. On n’a jamais su nos prénoms ou on les a oubliés, la mémoire aussi est malade. On se parle, vite, saccadé, la voix est enrouée, angoissée : “T’as pas vu le Vérolé ?” “Non, y fait chier, c’pourri, ça fait longtemps qu’tu tournes ?” “Ça fait une.” “Deux, trois plombes quel enculé, c’mec.” “T’as raison, putain d’Vérolé !”

C’était Saadi le Tunisien qui vendait le remède à notre maladie, mais il y avait tellement de malades entre Maine et Edgar-Quinet qu’il a pris un vendeur, un Portugais malade
aussi et la gueule pleine de trous. De vérole.

Le remède est dans une petite feuille de papier pliée en huit, un petit paquet, mais les malades ne disent pas “un paquet”, ils disent “un képa”. Les malades parlent toujours à l’envers.

Dans le képa, une poudre (dreupou). Marron clair : pakistanaise (pako), marron foncé (brown), blanche (cheublan, cheube), blanche jaunâtre (brown blanc), rose (zeuro). Marron, blanche ou rose, c’est de la came (meuka), de la dope (peudo), de l’héroïne (héro). Du cheval.

Les malades prennent le remède par le nez, en sniff (feusni), ils le respirent très fort dans un ticket de métro roulé ou dans autre chose, ils se l’envoient aussi en shoot (teuchou, pète, splache, fix) en enfonçant l’aiguille d’une seringue (pompe, peupon) dans
une veine (neuvé) du bras, de la main, du pied, dans la jugulaire, dans l’oeil, sous la langue, dans la queue.
Le remède coûte cher (reuche), deux cents balles, vingt sacs (keusses) le képa, quarante keusses le demi-gramme (mideu), quatre-vingts keusses le gramme (meugra, G). La cheublan est plus reuche ; cent ou cent vingt keusses le meugra.

Ils déposent la meuka dans une cuillère (yèrcui), ajoutent quelques gouttes de citron (tronci) ou de vinaigre pour dissoudre la dreupou, de la flotte (teuflo), font chauffer mais pas trop, juste frémissant, jettent dans la yèrcui un filtre, coton,
filtre de clope (peuclo), aspirent le liquide dans la peupon, serrent un garrot, ceinture de froc, tapotent la peau pour faire apparaître la neuvé. Teuchou. Ils aspirent un peu de sang, appuient sur le piston, recommencent plusieurs fois, c’est des tirettes, ça sert à rien les tirettes, c’est une habitude, la fin du cérémonial. La cheublan ne se chauffe pas et pas de tronci : teuflo, filtre, c’est tout. Ils gardent les cotons. Les jours sans remède ça donne un bon jus.

La meuka n’est jamais pure, elle est coupée (pécou) avec du manicol, de la strychnine, de la mort-aux-rats, de l’arsenic, du plâtre (du mur), des cachets (chécats) ou des médicaments (médocs) écrasés.

La meuka flashe (cheufla) ou monte (teumon).

Ils chopent (pécho) le remède quand ils l’achètent, ils disent aussi qu’ils ont pécho quand ils ont feusni ou teuchou. Quand ils ont pris ils sont défoncés, décalqués, raidos, éclatés, déchirés, cool, stone. Quand ils peuvent pas pécho à cause du fric (de la thune), c’est le manque (queuman), l’enfer, la galère. Ils sont speed, alors ils achètent des remèdes contre la toux à base de codéine, Nétux ou Néocodion (néo) ; ils en avalent (clapent) vingt, quarante ou soixante. À soixante, ils dégueulent.

Ils disent qu’ils sont toxicos, mais pas junkies (junks), qu’ils sont propres, pas clochards (charclots). Les malades mecs (keums) et femmes (meufs) sont traqués par les flics (keufs). Parfois, ils en ont marre du remède, marre d’être malades, alors ils décrochent (décro), et parfois il y a trop de remède dans leur peupon et ça les fait crever : overdose, OD. C’est parfois un accident, plus souvent un abandon. »

*

Le mois de juin est l’occasion de la republication de Képas, de Denis Belloc, aux éditions du Chemin de fer. Texte noir intense comme une mare de café froid, on y suit le narrateur dans la spirale de la drogue, et comment d’un chagrin d’amour, on en vient à l’addiction totale et déesepérée. C’est intense, beau et profondément humain, comme toute la littérature de Belloc. C’est aussi sans concessions. La littérature comme une série de coups à l’estomac. L’auteur a sombré il y a bien longtemps, passé comme une comète. Survit une œuvre à redécouvrir.

 

 

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Le prêche du Rat

pinocchio

«  L’intelligence n’est pas le contraire de la bêtise et il n’est pas dit que, en progressant de la bêtise à l’intelligence, nous réalisions un gain. On peut dire, tout au plus, que l’intelligence vient après la bêtise, elle clôture les comptes, met en ordre, sépare l’obscurité de la lumière. Elle vous envoie droit à l’école à coup de pied au cul et reste là à vous attendre devant la porte, parce qu’elle-même est l’école. Et tout le vaste monde entouré par les déserts de la nuit se réduit à une adresse, un travail, un endroit pour garer la voiture.

Ils viendront toujours vous dire d’être intelligents, ils vous chanteront les louanges de l’intelligence, ils insinueront dans votre cœur l’idée que l’intelligence vous rendra suffisamment pareil aux autres, que nul ne se rendra compte de ce que vous êtes. Ils réussiront à se glisser dans vos rêves, à faire en sorte que même là où tout est identique à son contraire, vous voyiez des choses qu’ils vous expliqueront de manière intelligente. Ils vous exhorteront à renoncer à votre stupidité comme on jette un vêtement chiffonné, mais ils ne vous diront pas que dans ce chiffon, il y a tout ce que vous voulez être, que vous pouvez être. Et c’est là, justement, que l’image de Pinocchio le Crétin, le crédule, le seigneur de la nuit, vous servira de bouclier. Nous, nous ne sommes pas nés pour ressembler aux autres. Entre deux choses à faire, nous faisons toujours celle qu’il ne faut pas.

Mais il n’est pas dit que, en choisissant l’autre chose, celle que l’intelligence voudrait nous faire choisir, nous nous tromperions moins. Au contraire, nous démontrerions seulement que nous sommes les crétins que nous sommes, mais tachés par le plus grand des déshonneurs, la foi dans le fait qu’il est possible, d’une manière ou d’une autre, de nous en tirer, d’améliorer notre propre vie, d’accéder à un niveau supérieur. Chaque instant nous apporte la même nouvelle, imprimée en lettres capitales sur le journal de l’humanité : nul n’est plus crétin que celui qui veut se comporter de manière intelligente.

C’est comme si Pinocchio, au lieu de s’en aller là où il doit aller, se mettait à écouter le Grillon Parlant, cet insecte infâme. La seule porte qui s’ouvrirait à lui serait celle du malheur.

Nous, nous n’avons pas été créés pour être intelligents.

Nous, nous n’avons nullement besoin de quelqu’un qui viendrait améliorer notre vie.

Notre vie est un mystère, un objet cassé qui ne se répare pas, la conséquence d’une tromperie…  »

 

 

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Témoignages sans valeur

fachos

 

« Dans le village où le Rat était né et avait grandi, on entrait en parcourant une longue rue en descente, qui conduisait à la place centrale. Visible dès le début de la pente, une grande maison à deux étages avec des balcons en fer forgé, toit de tuile et arche d’entrée en pierre, dominait les autres édifices de la place, plutôt modestes. Mais ce qui suscite une certaine crainte, chez ceux qui entraient dans le village, c’était une grande inscription tracée en lettres capitales, noires, sur la partie droite de la façade:

BEAUCOUP D’ENNEMIS
BEAUCOUP D’HONNEUR

C’était un vestige de l’ère fasciste, quand des milliers et des milliers de murs, dans toute l’Italie, avaient été ornés de citations plus ou mois mémorables, prises dans les discours de Mussolini. Le village du Rat en était plein. Certaines de ces phrases, déjà peu lumineuses au moment où elles avaient été prononcées, étaient devenues, avec le temps, aussi incompréhensibles que les délires d’un dément. Dans la rue menant au cimetière, par exemple, on pouvait lire:

L’ÉTAT EST UNE VOLONTÉ DE
PUISSANCE ET DE DOMINATION

Après le fascisme, on avait fait rapidement disparaître toutes ces idioties pittoresques: des murs et aussi, si possible, des cœurs. Il n’est pas de spectacle plus ridicule qu’un peuple qui se hâte de recouvrir de peinture fraîche les traces de ses hontes – qui, au contraire, devraient rester là pour toujours, comme une espèce d’antidote ou de traitement homéopathique. Ce souci de dignité civique, c’est bien connu, est typique des gens du Nord. Dans ce mélange unique de surréalisme et de désenchantement qu’est l’esprit méridional, la honte se concentre entièrement sur la vie privée, et être boiteux, dur d’oreille ou impuissant est un problème social beaucoup plus épineux que d’avoir chanté les louanges du Duce et contraint quelque malheureux instituteur à se raser la barbe. En Calabre, donc, au lieu de cacher les traces du passé, on attendit que le vernis des préceptes mussoliniens pâlisse sous le fouet impitoyable du soleil, comme c’est le cas pour toutes les œuvres et les pensées humaines. Mais dans les villages côtiers, comme celui du Rat, pour les phrases mémorables de Mussolini, on avait utilisé le goudron des barques, qui ne pâlit jamais, au lieu de la peinture ; et c’est ainsi que, plusieurs décennies après la Libération, les traces du DUCE (parfois sous la forme DVX) accompagnaient les humbles gestes de la vie quotidienne, menaçant les passants avec leurs lettres noires écrites en capitales. Les visiteurs occasionnels et les premiers touristes prenaient la présence de ces écrits pour une marque de fidélité à l’époque du fascisme, un orgueilleux défi aux lois et aux sanctions. Une interprétation qui provenait d’une méconnaissance totale du caractère calabrais. Ces témoignages d’un temps désormais anciens parlaient un langage bien différent. Vous nous avez obligé à écrire ces trucs dont nous nous foutions complètement. Et maintenant nous devrions chercher le moyen de les effacer, comme si c’était nous qui les avions inventés? Mais pour nous ça a toujours été pareil : quand ces inscriptions n’y étaient pas , quand elles y étaient et qu’elles étaient justes, et maintenant qu’elles y sont et qu’elles sont devenues erronées. Seul un enfant peut prendre au sérieux quelque chose qui est inscrit sur un mur où pissent les chiens. Et nous, nous sommes des enfants. Nous, nous n’avons rien à écrire sur les murs, et rien à effacer. »

 

 

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Les Hommes… La Mer

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« En Océanie, les îles semblent jaillir lentement de la mer ; de la goélette qui en approche, on les regarde curieusement s’élever et grandir. Avant de trouver la passe, le navire longe le récif extérieur où les lames se brisent et glissent à la surface d’une sorte de boulevard de corail, puis pénètre dans le lagon transparent, pur, semé d’énormes madrépores gris, vert, roses, blancs et propres à en faire adorer la vie.
A terre, un sentiment nouveau saisit: celui de la dissolution et de la malpropreté, de la corruption des êtres et des choses, de la mort. Le sol est un terreau noir, croulant, miné par des galeries sans nombre qu’ont creusées les crabes gris et poussiéreux, peuplade vigilante des bords de la lagune: au bruit des pas, ils disparaissent, puis peu à peu, rassurés, par milliers, sortent lentement de leurs trous. Ce fourmillement de crustacés inquiète par son immensité et son silence; ils ont tout dévasté, pas un brin d’herbe ne survit. Les troncs des cocotiers, cannelés, boursouflés et rongés à leur base s’élèvent et s’entrecroisent sous le froissement des palmes ; ça et là, l’un d’eux, effondré, pourrit dans la mer. Le mince ressac du lagon, le bruit mat de la chute d’une noix de coco troublent à peine un extraordinaire silence. Des débris végétaux desséchés,des palmes flétries et blanchissantes parsèment le sol aride et croulant. L’eau pure de la mer vient battre des cailloux boueux, des coquillages usés, des enchevêtrements de branches mortes. Pas une trace de détritus humain parmi ces déchets des mondes végétal et minéral. Un malaise naît irrémédiablement du spectacle silencieux et mortel. Le nouveau venu, comme pris dans un piège et cherchant une issue, regarde du côté des récifs où se brisent les lames: il voudrait repartir. »

***

« La connerie humaine, si évidente soit-elle, aimait-il à redire, ne se définit pas. Ca m’a souvent fait réfléchir. Je pensais à tous ceux qui, à tort ou à raison, m’ont pris pour un con, et il y en a. Mais je pensais aussi à tel ou tel devant qui je ne peux m’empêcher de dire « c’est un con. » Je me demandais alors pourquoi Pierre ou Paul, à mon sens, étaient des cons, et pourquoi se disaient-ils en me regardant: « Lucien est un con. » Tout cela n’est pas facile à comprendre… Cependant, une chose ne se discute pas: un individu parfaitement immobile et silencieux est toujours moins con que celui qui remue et parle ; la connerie humaine se définit et se mesure à l’agitation du monde. »

 

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Y’a pas de gentil méchant dans le règne des plumes

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« Dans d’autres versions, je suis docteur ou fantôme.
Parfaits stratagèmes: docteurs fantômes et corbeaux.
Nous pouvons faire ce que les autres personnages ne
peuvent pas, manger la tristesse par exemple, ou renfouir
les secrets, ou mener des batailles homériques contre le
langage et Dieu. J’étais excuse, ami, deus ex machina,
blague, symptôme, fiction, spectre, béquille, jouet,
revenant, bâillon, psychanalyse et baby-sitter.

J’étais, tout de même, l’oiseau au centre et à tous les extrêmes
Je suis une matrice. Je le sais, il le sait. Un mythe dans
lequel se faire insérer. Dans lequel s’insérer.

Fatalement je dois défendre ma place, parce que
ma place est sentimentale. Vous ne connaissez pas le récit
de vos origines, votre vérité biologique (accident), votre
mort (piqûre de moustique, en général), votre vie (déni
enthousiaste). Je répugne à parler d’absurdité avec aucun
de vous, qui nous persécutez depuis l’aube des temps. Que
veut bien apporter un corbeau à une meute d’humains
en deuil? Un ciment.
Un pouls.
Une plaie.
Une bonde.
Un gouffre.
Un poids.
Un vide.

Alors oui, c’est vrai, je mange des bébés lapins, je pille
des nids, j’avale des ordures, je trompe la mort, je ris
des clochards, je mens quand on me demande le
chemin. Oh, et merde! Tout ce temps foutu en l’air.

Mais je tiens à vous, infiniment. Les humains
m’ennuient sauf dans la douleur. Dans la santé, la
catastrophe, la famine, l’atrocité, la splendeur ou
la normalité il y en a très peu qui m’intéressent
(intéressez-MOI!), mais les enfants privés de mère
m’intéressent. Les enfants privés de mère font le régal
du corbeau. Pour un oiseau sentimental, ils sont un nid
délicieux à razzier, riche et mûr à point. »

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