Etymologie fantastique

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« L’arbre généalogique des mots est aussi embrouillé que celui des humains. Fantastique, nous explique Clédat, vient du grec phantastikos, du latin phantasia. Mais la famille phantasia a des rejetons inattendus : elle engendre par exemple fanal et falot, « qui servent à montrer les objets, à les éclairer, à les rendre visibles ». Il faudrait tout de même être sérieux, il faudrait tout de même s’entendre : qu’est-ce que c’est que cette racine extravagante qui sert à la fois à nommer ce qui n’existe pas, et à rendre visible les objets? Est-ce que nous serons plus avancés en nous reportant aux mots merveille et merveilleux? Eh bien, non. Leur arrière-grand-père est le mot latin mirari, dont le sens primitif a sans doute été : sourire, puis: s’étonner, admirer, regarder. Et nous voilà aux prises avec une racine qui fait verdoyer indifféremment le merveilleux, « ce qui s’éloigne du cours ordinaire des choses, ce qui est produit par l’intervention d’êtres surnaturels », et les miroirs, dont la propriété est de rejoindre et refléter le cours ordinaire des choses. Le merveilleux, c’est ce qui ne ressemble pas, et le miroir, c’est la ressemblance même.
comment se retrouver dans cet embrouillamini? Mettons-nous d’accord une bonne fois. Que veut dire cette phantasia qui fabrique à la fois les fantaisies qui n’existent pas dans la réalité, et les fanals qui servent à montrer les objets, ce mirari qui donne le jour, sans discernement, aussi bien à ce que le jour n’a jamais éclairé qu’à ce qui réfléchit le jour?
La réponse est celle-ci : le miroir de la fantaisie et du fantastique, le miroir des miroirs ne réfléchissent pas seulement sur l’une de leurs faces, mais sur les deux. Les deux aspects inséparables et complémentaires de la réalité se conjuguent dans la révélation des étymologies. L’homme n’est pas seulement celui qui est comblé par la munificence de l’être, il est aussi celui qui tente constamment de combler l’insuffisance de l’existence. Le fanal et le miroir nous rendent compte de ce qui nous est refusé. Comme dans le miroir d’une eau calme nous découvrons à la fois l’image renversée du ciel et l’image endormie de ce qui vit dans la profondeur, les images merveilleuses ou fantastiques qu’inventent les humains nous font découvrir en même temps l’homme dans la nature et la nature de l’homme, les réponses de la réalité et les questions du réalisant, les nécessités de la vie et les nécessités du rêve, la patience des choses et l’impatience de l’esprit. »

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Une réflexion sur “Etymologie fantastique

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