« Une figurine en plastique qui aurait en partie fondu au soleil »

 

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« C’est vrai que Mac n’aime pas Buck, c’est aussi vrai qu’il lui est déjà arrivé de vouloir lui refaire le portrait. Seulement Mac avant de connaître Ringo avait une vie réglée comme du papier à musique. Une vie qui lui convenait parce que justement il ne pouvait pas s’en extraire, c’était seulement la solitude qui pesait. Mac aurait de loin préféré ne pas se retrouver dans un fauteuil. Avec ce membre fantôme qui toutes les nuits fourmille, à en croire que sa jambe est encore là, avec ce corps amputé qui lui interdit tout long déplacement vertical. Le pire, c’est marcher avec ses béquilles, elles lui brûlent les aisselles, font de lui un homme à la démarche vacillante. Autant rester dans cette merde de fauteuil, plutôt que de faire semblant d’être comme les autres.

Comment pouvait-il imaginer qu’à trente ans à peine il serait vissé à un fauteuil, comment aurait-il pu savoir que la guerre lui serait intolérable au point de décider de se faire sauter sur une mine ; une sorte de mortification, le seul acte qui lui parut sensé : faire pénitence et s’absoudre à jamais de ses atrocités et de ses exactions. »

*

Le jour où il avait posé le pied sur le tarmac de l’aéroport Da Nang, il avait su qu’il rentrerait au pays changé. Mac se souvient des premiers mots de Buck : « Bande de merdes, je vous veux debout avec moi ou couchés dans une putain de valise en sapin ». Il avait pensé que Buck avait prononcé ces mots pour faire effet sur la compagnie ; rapidement il comprit que c’était simplement vrai. Combien sont tombés là-bas, à bout de vie, horrifiés de sentir qu’irrémédiablement ils perdaient toute bienveillance, toute humanité ?

*

« C’est un moment de félicité. L’héroïne doucement coule dans les veines de Mac, c’est ce qui se rapproche le plus de la paix, c’est une sorte de jouissance extatique alors qu’il n’a pas baisé depuis son départ pour Da Nang, pour le V[ietnam] ; c’est avoir une pute à portée de main, capricieuse et sublime, une maîtresse sado qui se plie au jeu sans limites, à qui l’on obéit sans sourciller, conscient qu’elle ne désire que l’humiliation, la soumission de son esclave. Chaque fix est différent, chaque prise a la même issue : quelques secondes de plénitude, une impression de bien-être physique, sans tristesse ni angoisses, à en oublier qu’on s’écarte de la rive, jusqu’à l’épuisement physique. »

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