Ringo

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Inspirant profondément, Ringo sent encore la sueur du T-shirt qu’il a volé tout à l’heure, comme il peut percevoir un autre suc, une autre sudation : celle de l’une des baigneuses. Se laissant aller à rêver d’elle, il lui semble qu’il la connaît tout entière. Il l’aperçoit là :  une jeune femme frôlant la majorité, sur le point de partir pour une université de province, moins renommée que les autres facultés. C’est le type même de l’adolescente un peu puritaine par son instruction mais frondeuse en secret ; émerveillée soi-disant par la  lecture des auteurs antiques… Une de celles qui songent à visiter le musée du Louvre, une Américaine lambda comme il y en a tant. Émue devant l’Hermès de Lysippe, mais désespérément jalouse des seins de la Vénus de Milo, s’empourprant lorsque par maladresse elle frôlera le pénis de l’un des colosses de la salle des caryatides. Que  pourrait-elle faire sinon rougir à la pensée de tout le bonheur qu’elle retirera de ses futurs fantasmes ? L’anatomie de ces éphèbes ne pourra qu’à jamais la décevoir des autres hommes.

Elle souhaite encore qu’une légère acné disparaisse au lendemain de son bal de promo. Poser le pied sur le sol de son futur campus avec assurance : blonde, mince, elle espère garder un petit cul, trop timide elle restera à sa place et n’osera pas davantage. Où prendra-t-elle alors du plaisir à la nuit venue, seule, observant le tracé parallèle qu’elle pourra suivre par la fenêtre de sa chambre. Considérer avec gourmandise les séparations des yards du terrain de football américain, la end zone : s’affoler, transpirer, songeant aux touchdowns à venir, au tapage des spectateurs ; là, elle se laissera enfin aller à un  onanisme interdit.

 

Tout ça pour feindre la dévotion et que son cul se pose délicatement à la Noël sur les bancs du temple, puis épouse la chaise placée en face de celle sa mère : une mère comme Ringo n’en a jamais eu, aimante envers ses enfants et son mari, pas aigrie, sans regrets parce qu’intelligiblement aveugle. Tout ça pour ne pas être parjure et que resplendisse le feu désuet de l’American way of life, avec cette mère désespérément parfaite : bourgeoise sans faille apparente, les seins toujours en poire, le regard terriblement bleu, les rêves inlassablement trop serviles.

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