Entre terre, mer et plages du ciel

Gustave Courbet - Beach near Trouville

« Au milieu du monde il est un lieu, entre terre, mer
Et plages du ciel, frontière du monde triple,
D’où l’on voit ce qui est partout, même loin des régions,
Où toute voix pénètre dans les oreilles creuses.
La Rumeur y vit. Elle s’est choisi une maison dans les hauteurs,
Avec d’innombrables accès, mille ouvertures sur les toits,
Aucune porte pour fermer l’entrée.
De nuit, de jour, la maison est ouverte. Elle est tout entière de bronze sonnant.
Tout entière elle vibre, renvoie les paroles et répète ce qu’elle entend.
Aucun repos, aucun silence, en aucun lieu.
Ce n’est pas du bruit, mais un murmure de petite voix,
Comme celui des vagues de la mer si on les écoute de loin,
Comme le son, quand Jupiter fait claquer
Les nuages noirs, les derniers grondements du tonnerre.
La foule vit dans l’entrée. On y va, on y vient, peuple léger.
Des inventions mêlées de vérité y flânent,
Des milliers de rumeurs, des paroles confuses y roulent,
Comblent de leur discours des oreilles vides,
Colportent les récits, et la taille du mensonge
Croît. Un nouvel auteur ajoute quelque chose à ce qu’il a entendu.
Ici sont la Crédulité, l’Erreur sans scrupule,
La Joie vaine, les Terreurs d’épouvante,
La jeune Révolte, et les Murmures dont on ignore l’auteur.
Tout ce qui se passe dans le ciel, sur la mer
Et sur la terre, la grande Rumeur le voit. Elle mène l’enquête dans le monde entier. »

 

 

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