Des nouvelles du mime, longtemps abandonné

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Il me réservait un fauteuil d’orchestre, collé à la scène, pour ne rien rater de l’action. Il m’avait dit un jour aimer me voir dans cette position, forcé à lever les yeux pour saisir sa gestuelle. Une manière de me rendre la politesse lorsque, du haut de mon escabeau, je mutilais son corps à l’huile. Une forme de possession contre une autre ; lui dansait sur ma tête. Mais ses poses, ses gestes, toute sa pantomime contenait quelque chose d’effrayant, une sorte de dépassement de l’humain par l’adoption de postures contraintes. Un corps n’aurais jamais dû avoir à effectuer semblable succession de gestes… et pourtant, c’était magnifique. Il m’avait avoué un jour avoir étudié auprès d’un yogi les manières de n’utiliser qu’un muscle à la fois pour pouvoir ensuite les coordonner à sa guise. Un mensonge parmi tant d’autres, je me faisais des contorsionnistes indiens une plus haute idée encore, tous animés qu’ils étaient d’un feu mystique ; ils n’avaient pas inventé l’art de bouger. Celui d’être immobile plutôt Un mensonge parmi d’autres, il prenait un plaisir infini aux explications saugrenues. Il avait exposé à l’un de ses admirateurs à la sortie d’un spectacle où il avait été mauvais qu’il avait acquis cette frénésie musculaire en vendant son âme au diable. Presque chaque soir, il sortait de son chapeau une nouvelle et invraisemblable définition à cette gestuelle qui ne pouvait s’expliquer que par son esprit fantasque, sa grande force de travail le tout soutenu par la consommation massive de drogues aussi puissantes que coûteuses.

Il était toujours en représentation. Dans la rue, au café et même, je l’aurais parié durant son sommeil. A la regarder de plus près, sa vie même ne semblait qu’une gigantesque pantomime, une composition savamment orchestrée pour dérouter. En bras de chemise ou dans l’un de ses costumes ajustés qu’il affectionnait tant, les mains couvertes de bagues ou dans le plus simple appareil. Toujours. Et même cette affreuse perruque jaune aux longs cheveux dressés qui fut un temps la seule différence entre la vie et la scène, il finit par l’abandonner, laissant au naturel ses cheveux soigneusement peignés.

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