J’avais pas peur. Non, j’avais pas peur.

Kero_Anacaona

« Ces jours-là, au mitard, j’ai failli devenir dingue. Les rats qui couraient d’un bout à l’autre de la cellule me rendaient cinglé.
J’avais pas peur. Non, j’avais pas peur. J’avais la gerbe et la haine. Une putain de haine qui me poussait à chier sur cette bouffe pour chien que les flics me balançaient par le trou de la porte. Une putain de haine qui me taraudait la tête, me faisait péter les plombs et m’empêchait de dormir. J’avais la rage au ventre. J’étais sur le qui-vive. Je gambergeais.
Je rêvais de cette salope de Violeta, cette chienne pourrie de la chatte jusqu’aux yeux ; de Tainha, ce fumier qui m’avait vendu ; des flics qui m’avaient tabassé ; de Bolacha, ce connard de négro ; du monde entier. Faire payer à tous ces fils de pute toutes les merdes qui m’étaient tombées dessus depuis toujours. C’était pas possible que je sois coupable ! Quelqu’un devait en avoir après moi ! C’était pas par plaisir que j’avais débarqué ici, j’avais pas choisi. On m’y avait poussé. Et je me retrouvais au mitard.
C’est là que j’ai grandi, dans cette cellule puante grouillante de rats avec le goût du sang dans la bouche, les yeux qui brûlent, la tête qui explose. C’est là que j’ai grandi.
Jusqu’à ce que le maton vienne me chercher. Il m’a dit cash:
– Si tu dis sur tous les toits qu’on t’a cogné, t’es mort. On te remet le grappin dessus, et là, il restera rien de toi. Ce que tu t’es pris, c’était juste une démonstration. Si tu racontes au juge ce qui s’est passé, tu vas la sentir passer, la perpétuité. Quand on t’aura chopé, même la pute qui t’as mis au monde te reconnaitra pas.
J’ai rien dit. Mais au moment où il m’a poussé vers le panier à salade qui allait nous emmener, moi et d’autres gamins, chez le juge, j’ai craché à la face de ce connard de maton. Il a rien pu faire d’autre que m’insulter.Trop tard pour me frapper. Il a claqué la porte de toutes ses forces, il avait plus que ça pour se venger, cet attardé.
Ah, on s’est bien marrés! »

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Une réflexion sur “J’avais pas peur. Non, j’avais pas peur.

  1. Une lecture ultraviolente et ultra prenante que ce « Kéro » de Plinio Marcos, traduit par Melenn Kerhoas pour les éditions Anacaona. Sorti dans la plus grande discrétion en novembre dernier, il me rappelle par sa brutalité les textes d’Edyr Augusto parus chez Asphalte. Un texte des années 70 qui rappelle aussi les heures sombres du Brésil de la dictature. C’est bon, ça fait mal comme un coup de poing dans le bide.

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