The stuff that dreams are made of

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— Je travaillais à droite à gauche, et j’ai récupéré plusieurs almanachs. Je les ai tous lus, c’est la période de ma vie où j’ai le plus lu. J’avais mal à la tête et aux yeux à force de lire ! Après les avoir tous lus, j’avais appris quelque chose. Je lisais mieux. Ce n’était plus difficile comme avant. Je n’avais plus besoin de déchiffrer les mots lettre par lettre, je lisais même certains mots d’un regard… Un jour que je lisais à voix haute pour moi-même, je sentis que je ne bredouillais quasiment plus. Je me suis mis alors à copier tout ce qui me plaisait dans un carnet. Regarde, ici : Les rêves servent pour le déjeuner, jamais pour le dîner.
Il montra le cahier et continua :
— Je suis resté muet devant cette phrase. D’abord, j’ai pensé que j’avais fait un rêve (aussi doux et sucré que les douceurs que prépare ta vieille tante) et que je l’avais
écrit sur mon carnet. Je suis resté à cogiter, cogiter… Tantôt je comprenais, tantôt je ne comprenais pas. J’ai demandé à Zé Noronha, mon vieux camarade maçon qui construisait des murs avec moi. Il a dit qu’il l’apporterait à l’école – il était maçon la journée et étudiait le soir. Est-ce qu’il l’a fait ? En tout cas, il ne m’a jamais apporté de réponse. Et un jour, je retrouve l’almanach au milieu de mes affaires. Je revois cette phrase sur une page où il n’y a que des dictons, des citations. Cela ne pouvait donc pas être un rêve ! Mais je n’arrive toujours pas à comprendre le sens caché de cette phrase. Peu après, j’ai perdu mon almanach. Aujourd’hui, je n’ai plus que mon carnet, et j’ai compris ce que voulait dire cette phrase. Le rêve, c’est la volonté très forte que le meilleur se produise. Le rêve, c’est le refus de ce que l’on voit et l’invention de ce que l’on ne voit pas. J’ai fait des rêves que je pouvais et que je ne pouvais pas réaliser. J’ai fait des rêves qui déroulaient toute ma vie,
tout mon vécu. Aujourd’hui, j’ai découvert le sens de cette phrase. Le rêve ne te nourrit que jusqu’à l’heure du déjeuner, car au dîner, tu as faim de voir le rêve se réaliser. J’ai tellement rêvé au matin de ma vie, au déjeuner de ma vie – et aujourd’hui, au dîner, il ne me reste que la famine, le désespoir… »

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Une réflexion sur “The stuff that dreams are made of

  1. Photo: une vue de Providençao, la plus vieille Favela de Rio, vers 1892 si j’arrive bien à déchiffrer les inscriptions.
    Texte: un très court extrait du très beau, drôle et poignant « Banzo, Mémoires de la Favela », de le Conceicao Evaristo. Le texte paraitra courant mars aux éditions Anacaona (http://www.anacaona.fr/).

    Joie des rencontres professionnelles que de voir s’ouvrir devant soi tout un pan de littérature qu’on avait ignoré jusqu’alors, il y a de bien belles choses dans ce catalogue. Hors Evaristo, on pourra déjà se plonger avec bonheur dans les textes d’Ana Paula Maïa. Exploration en cours, on essaiera d’alimenter un peu plus régulièrement le carnet avec les productions de la maison.

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