Y’a pas de gentil méchant dans le règne des plumes

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« Dans d’autres versions, je suis docteur ou fantôme.
Parfaits stratagèmes: docteurs fantômes et corbeaux.
Nous pouvons faire ce que les autres personnages ne
peuvent pas, manger la tristesse par exemple, ou renfouir
les secrets, ou mener des batailles homériques contre le
langage et Dieu. J’étais excuse, ami, deus ex machina,
blague, symptôme, fiction, spectre, béquille, jouet,
revenant, bâillon, psychanalyse et baby-sitter.

J’étais, tout de même, l’oiseau au centre et à tous les extrêmes
Je suis une matrice. Je le sais, il le sait. Un mythe dans
lequel se faire insérer. Dans lequel s’insérer.

Fatalement je dois défendre ma place, parce que
ma place est sentimentale. Vous ne connaissez pas le récit
de vos origines, votre vérité biologique (accident), votre
mort (piqûre de moustique, en général), votre vie (déni
enthousiaste). Je répugne à parler d’absurdité avec aucun
de vous, qui nous persécutez depuis l’aube des temps. Que
veut bien apporter un corbeau à une meute d’humains
en deuil? Un ciment.
Un pouls.
Une plaie.
Une bonde.
Un gouffre.
Un poids.
Un vide.

Alors oui, c’est vrai, je mange des bébés lapins, je pille
des nids, j’avale des ordures, je trompe la mort, je ris
des clochards, je mens quand on me demande le
chemin. Oh, et merde! Tout ce temps foutu en l’air.

Mais je tiens à vous, infiniment. Les humains
m’ennuient sauf dans la douleur. Dans la santé, la
catastrophe, la famine, l’atrocité, la splendeur ou
la normalité il y en a très peu qui m’intéressent
(intéressez-MOI!), mais les enfants privés de mère
m’intéressent. Les enfants privés de mère font le régal
du corbeau. Pour un oiseau sentimental, ils sont un nid
délicieux à razzier, riche et mûr à point. »

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Une réflexion sur “Y’a pas de gentil méchant dans le règne des plumes

  1. Image: Hajo Müller, extrait du clip de « The Raven That Refused to Sing », tiré de l’album éponyme de Steven Wilson.
    Texte: extrait de « La Douleur porte un costume de plumes », de Max Porter, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, et publié au Seuil en 2016. Pour voir ce qu’en disent les amis d’Un dernier livre avant la fin du monde, c’est par ici: http://www.undernierlivre.net/max-porter-la-douleur-porte-un-costume-de-plumes/

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