Tombeau de l’autofiction

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« La « Nullité » était un mystère. Nul ne savait d’où il venait, ni ce qu’il faisait, ni qui il était. Il avait échoué à « Fin d’Égout » venant de très loin, du fond du pays ; il s’y était installé, avait travaillé comme un esclave, ne parlant qu’à peu de gens, ne se faisant aucun ami. Non seulement ses vêtements étaient usés, mais effroyablement, merveilleusement vulgaires et tachés. Il était sans bagages, ne possédait aucun effet de rechange ; aucun bien ; fier et réservé, il était pourtant capable de capter l’attention de toute une salle, s’il se décidait à parler. Ses habitudes, précises et délicates, jointes à sa voix et son accent, le marquaient comme étant un être cultivé et digne de considération. « Fin d’Égout » inventa sur lui des romans ; on raconta qu’il s’agissait « d’un gentilhomme déchu », et bien qu’il eût dit la vérité, sur son compte, à quelques personnes, on ne le crut pas. Ces lourdauds ne parvenaient pas à fourrer dans leurs têtes, appesanties par la bière, à la fois la vérité et leurs propres imaginations. Par conséquent, la « Nullité » pratiqua l’art aimable de répondre aux nigauds, conformément à leurs folies ; il devint une terreur sacrée, en raison de sa mystérieuse et réticente modestie, liée à une manière de parler si unie, qu’elle en était incontestablement affreuse. »

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