Enveloppes post-mortem

Howard Carter examines the sarcophagus of Tutankhamun

« Imaginons le silence des nécropoles égyptiennes dans l’ombre desquelles était scellé le corps momifié des défunts. Pendant que leurs enveloppe terrestre poursuivait son voyage avec le temps, leur âme voguait sur une barque légère vers les rives du Nil céleste.
Au flanc des montagnes ou sous le sable des plaines, abrités au creux de caveaux maçonnés ou posés à même le sol, selon leur statut social des milliers d’hommes, femmes et enfants dormaient là depuis vingt à quarante siècles. Certains furent visités par les pillards qui dérobaient bijoux et vêtements. effractions commises parfois dès le premier jour, juste après les funérailles. Imaginons maintenant l’accélération formidable de ces effractions sous la poussée d’un désir de connaissances, depuis la vogue de l’égyptologie fin XIXe. Des corps protégés par leurs bandelettes se trouvèrent bientôt à nu. Jean-Claude Goyon, égyptologue, et Patrice Josset, chercheur spécialisé dans la médecine des anciens Égyptiens, témoignent de cette frénésie. Le Musée du Caire connut, disent-ils, à partir de 1900 environ, une fréquence rare de déroulement d’enveloppes de momies. Sous le titre Un Corps pour l’éternité (1988), ils publient leur recherche effectuée sur l’anonyme de Lyon, peut-être un marin, qui fut le premier ancien égyptien à entrer sous la voûte d’un scanner pour livrer ses entrailles. Même les prêtres thébains, abrités dans des tombes collectives secrètes à Deir-el-Bahari entre 900 et 700 ans avant notre ère, furent extirpés de leur cachette et dépouillés de leurs bandelettes.
La violation des tombeaux brisait l’antique tabou destiné à protéger les hommes du contact des cadavres et préserver les défunts des atteintes des vivants. Les deux mondes ont cessé d’être étanches. Comme un effet boomerang, le tabou rattrapa certains archéologues: la boîte de Pandore une fois ouverte, les spores des champignons libérés pénétrèrent dans leurs poumons, développant une flore mortelle. Cependant que sur les stèles, gravés en leur gestes hiératiques, les quatre fils d’Horus poursuivaient leur tache sacrée (sauvegarder les viscères: poumon, foie, estomac, intestins), les égyptologue qui officiaient au Caire exhibaient les paquets-canopes durcis, intacts, comme des offrandes profanes faites au public toujours plus nombreux. »

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Une réflexion sur “Enveloppes post-mortem

  1. Image: Harry Burton, Howard Carter découvrant la tombe de Toutankhamon
    Texte: Christine Bergé, « La Peau – Totem et tabous »; toujours la collection « Borderline » aux éditions du Murmure. Encore une excellente lecture, riche en anecdotes et histoires fascinantes: livres reliés en peau humaine, momies, peaux de bêtes et talismans.

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