Alors je suis tombé à genoux en pleurant et j’ai prié Dieu le Sauveur

75d017a40793658841899f7bb759458c

« Je fus souvent maltraité pour des broutilles. Un exemple: c’était l’été 1891, nous avions déjà fait les foins pendant quinze jours, le soleil tapait très fort toute la journée, la diane était à 3 heures, puis nous allions faucher, et nous ne nous arrêtions pas avant 10 heures ou 10 heures et demie du soir. Suivant les ordres de Monsieur l’administrateur, le matin, en partant, chaque contremaître devait aller chercher à la cave les outils pour l’équipe qui lui avait été attribuée, ensuite chacun prenait ce dont il avait besoin et se mettait en rang par deux un peu à l’écart. Notre contremaître, Monsieur Kirchhofer, avait dix hommes. Un matin, il ne sortit pas assez d’outils de l cave, j’étais malheureusement le dernier et n’en ai point reçu. alors j’ai attendu devant la porte jusqu’à ce qu’un autre contremaître sorte des outils. Entre-temps, mon équipe était prête au départ, alors le contremaître leur a demandé qui manquait: une fois informé, il m’a foncé dessus en levant le rateau et en disant qu’il allait m’apprendre à me dépêcher, Cré nom de nom, et il a abattu le râteau sur ma tête, lequel s’est brisé en trois morceaux. Le sang qui giclait de la plaie formait un vaste arc de cercle. Il y eut une échauffourée, je me suis posté devant lui en brandissant une faux, prêt à lui fracasser la tête, mais je ne l’ai pas fait. Deux co-détenus, qui avaient vu la scène, sont venus se poster à côté de moi pour me venir en aide au besoin, en disant : « ça suffit, ça ne va pas se passer comme ça ». Voyant cela, le responsable en chef, qui se trouvait un peu plus loin, ordonna immédiatement à tous les contremaîtres de mettre la main à leur revolver. Ils étaient neuf à m’encercler, prêts à tirer. Alors le responsable en chef m’a empoigné, et m’a emmené dans un cachot où j’ai enduré les pires souffrances douze jours durant. Le soupirail avait été condamné avec une planche, de sorte que je ne pouvais pas me voir les mains en pleine journée. Le sol de la cellule était mouillé, je n’avais que mes pantalons, mes chaussures et ma chemise pour me couvrir, la blessure sur la tête saignait beaucoup et j’avais de vives douleurs dans la nuque où j’ai attrapé un furoncle de la taille d’un œuf de poule. Dans la cellule, je n’avais nul endroit pour l’asseoir ou me coucher, sauf le vase de nuit et le sol froid et humide. Le matin et le soir, je n’avais rien à manger, à midi un quignon de pain noir et un pot d’eau froide. Les derniers jours que j’ai passé dans ce trou, je n’avais plus de force, je ne pouvais plus marcher tout seul, la faim me tenaillait, je grelottais de tout mon corps et j’attendais la mort d’une heure à l’autre. Alors je suis tombé à genoux en pleurant et j’ai prié Dieu le Sauveur d’avoir pitié de moi, pauvre pécheur, et de me conduire vers une vie meilleure. Peu après, deux co-détenus et le gardien me firent sortir de la cellule et m’emmenère dans les étages supérieurs, et je dus retourner au travail, à peine remis. »

Publicités
Par défaut

Une réflexion sur “Alors je suis tombé à genoux en pleurant et j’ai prié Dieu le Sauveur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s