Il y a un an, Hiroshima

atomic-bombing-hiroshima-nagasaki-70-years

« Hiroshima, ville maudite! En un instant les horizons s’éclairèrent au point que j’en fus aveuglé. En même temps qu’un grondement sourd montant de la terre, je sentis ma nuque brûler d’une douleur intense. Inconsciemment je me penchai en avant, toujours assis. La lumière n’en finissait pas de s’écouler. D’innombrables particules de lumière. De tous côtés, elles m’assaillaient. Des particules de lumière éblouissantes, dorées avec des reflets rouges. Des particules microscopiques, plus fines que de la poussière de feu. Par dizaines de milliers, par centaines de millions, elles se rejoignaient en une immense vague qui ne cessait d’affluer. Un déluge de lumière qui inondait la terre et déferlait à travers la vitre derrière moi. Je ne voyais rien. Le ciel et la terre coulaient en un scintillement rouge, jaune et or, et l’on distinguait des myriades de particules encore plus étincelantes. Pendant deux ou trois secondes peut-être? Mais il me semble que ça a duré beaucoup plus longtemps. Et aussi pas plus d’un instant. »

*

L’extrait ci-dessus n’est pas tiré d’un roman, mais du récit Il y a un an, Hiroshima, publié chez Arléa en 2012 dans la traduction de Rose-Marie Makino. Hisashi Tohara, l’auteur, n’est pas écrivain. Personne, pas même sa femme, ne savait qu’il était à Hiroshima lors de l’explosion. Il ne parla jamais de ce qu’il avait vécu le 6 août 1945. C’est trois ans après sa mort, en 2010, que Mieko Tohara, sa femme, retrouve le cahier dans lequel, un an jour pour jour après la destruction de la ville, Hisashi avait consigné tout ce qui lui était arrivé. Ce texte est paru dans une version auto-éditée au Japon. C’est la traductrice, Rose-Marie Makino, qui en a pris connaissance et a voulu le publier en France, auto-édité encore, à très peu d’exemplaires. Le projet est finalement parvenu dans les mains des éditions Arléa, et c’est une excellente chose puisque ce petit témoignage, très simple, est absolument bouleversant. Après le moment, finalement très court, que dure l’explosion en elle-même, c’est à une visite des enfers que convie l’ouvrage: ville en ruine, habitants à la peau fondue ou brûlée, inondations, incendies. Même pour ceux qui échappèrent à la déflagration, la survie fut difficile dans les jours suivant. Et encore un an après, Tohara ne peut s’empêcher de constater qu’en dehors des restaurants et des théâtres, « on ne voit rien de concret ». Au-delà même des destructions massives, le texte laisse suggérer des dévastations d’un autre ordre, plus intimes. Le jeune lycéen Tohara, tout gorgé de la propagande impériale, se rend compte que la confiance et la puissance que chacun mettait en l’Etat était mal placée. Les murs de l’arrogance se brisent, certes, mais le souffle emporte aussi toute estime de soi. Comment espérer se relever alors que tout est en ruines, à l’intérieur comme à l’extérieur de soi? C’est bien ce que ce texte interroge.

Publicités
Par défaut

2 réflexions sur “Il y a un an, Hiroshima

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s