« L’amour pour les faibles cache toujours une volonté de meurtre… »

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« – L’important ce n’est pas de prendre en pitié la souffrance d’un blessé, mais d’arrêter l’hémorragie, de désinfecter la plaie et de la cicatriser. C’est-à-dire qu’il s’agit de traiter un blessé non pas comme un homme blessé, mais comme une blessure humaine. Un médecin habitué à ce rapport s’irrite terriblement en voyant un malade qui a un visage humain et, pour apaiser sa colère, le malade essaie de cesser d’être un homme. Le médecin devient de plus en plus solitaire et irascible et s’éloigne ainsi des hommes. Il ne serait pas exagéré de dire que les préjugés contre les malades sont la condition nécessaire qui définit un bon médecin. Mais on peut soutenir également le paradoxe selon lequel cette solitude du médecin est de fait ce qu’il y a de plus humain. Car seuls les hommes, qui du reste démentent le principe de la survie des mieux adaptés, entretiennent parmi eux les faibles et les malades en leur garantissant le droit à l’existence. ainsi les héros disparaissent et les faibles survivent, vous voyez. En effet, le degré d’une civilisation peut se mesurer au pourcentage des inadaptés que comporte cette société. Il parait qu’il existe même un spécialiste de sciences politiques (non identifié) qui a défini notre époque comme une « ère des malades, par les malades, pour les malades ». Ne vous alignez donc pas, en disan que nous vivons une époque malade. En quelque sorte,  la solitude du médecin est le droit du malade. Mais si le médecin veut encore échapper à sa solitude, tant pis, il n’a qu’à devenir en même temps malade pour bénéficier du double statut. J’ai toujours vécu, je crois, avec cet état d’esprit. Je ne me suis donc jamais  sérieusement soucié de mon impuissance. Je ne mens pas Être impuissant me rapprochait des malades et me donnait un certain réconfort. »

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Une réflexion sur “« L’amour pour les faibles cache toujours une volonté de meurtre… »

  1. Titre et texte de Kôbô Abe, « Rendez-vous secret » (1977), publié chez Gallimard (1985) et (mal) traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura.
    Image: Otto Dix, « portrait du docteur Heinrich Stadelmann » (1922).

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