Une présence

cordou

« Il faut bien le reconnaitre ce n’est pas d’aujourd’hui qu’Élodie Cordou hante mes jours et mes nuits, m’obsède. De notre toute première rencontre est né ce lien étroit et indéfinissable qui fait que nul objet ni personne n’est parvenu jusque là à l’effacer de ma mémoire, la chasser de mes pensées, m’éloigner d’elle moins encore. Dans l’imprécis des sentiments que j’éprouve à son égard, presque l’avouerais-je parfois pour sœur, d’autres pour femme la plus mystérieuse du monde, fascinante aussi s’il en est. Ainsi Élodie a-t-elle toujours occupé une place à part dans mes préoccupations et il n’est d’instant où je ne me sente proche d’elle, quand même des abîmes de silence viendraient à s’ouvrir entre nous, quand même la distance entre désir et réalité aurait creusé un gouffre monstrueux entre nous. Je l’ai sue un temps sur d’autres continents, en Mongolie dans la ville du Héros rouge en convoi vers le grand désert, au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc approchant les grandes familles de marchands du commerce au long cours, s’éternisant au fin fond du Montana pour des travaux sur l’exploitation forestière dans les environs de Billings, des observations sur la faune et la flore des Rocheuses, sans pour autant que le rayonnement de sa présence à mes côtés s’en trouve le moins du monde altéré ni que l’impression tout intuitive de pouvoir échanger avec elle, lui prendre la main ou la serrer dans mes bras n’en soit ne serait-ce qu’une seconde entamée. Je l’ai connue enfermée dans le minuscule bureau de son appartement du Marais comme tourterelle dans une cage, ne s’en échappant de longues semaines durant, obstinée dans ses recherches sur les questions les plus ardues qui soient, cloitrée sans recours dans les obligations de sa charge, se refusant même à répondre au téléphone tant son travail dévorait tout son temps, l’accaparait tout entière et, malgré cette claustration requise par les circonstances qui ne lui était cependant point fardeau mais qu’elle assumait au contraire avec une certaine élégance, Élodie n’en demeurait pas moins présente à mes côtés, il m’eût suffi alors d’ouvrir la porte de mon propre bureau, jamais qu’à deux rues du sien, pour la laisser entrer, l’entretenir dans l’instant de sujets que je savais l’intéresser, susceptibles d’exciter sa curiosité, ensuite nous prendrions un verre de ce fameux mezcal pour lequel elle s’est souvent montrée capable de folies avant que d’aller possiblement diner d’un rien à une petite table toute simple du quartier pour y poursuivre notre tête à tête jusqu’à bien tard dans la soirée. »

*

Difficile de ne pas illustrer ce texte avec la couverture du livre dont il est issu. On aura raison de se plonger dans ce court recueil –  deux textes, une lettre, une postface –  mais probablement l’un des plus beaux des éditions du Chemin de Fer. Texte resté inédit de Pierre Autain-Grenier – que je découvre après en avoir énormément entendu parler -, il est accompagné des peintures d’Ibrahim Shahda avec lequel l’auteur entretint une profonde amitié. On trouvera témoignage du bouleversement que ses toiles provoquèrent sur le poète en lisant la lettre que celui-ci envoya à celui-là et qui initia leur amitié.Et que dire d’Elodie Cordou, parente improbable de Melody Nelson ou de Maria Henkel? Rien qu’il n’est possible de découvrir par vous même.

Et je ne peux que constater qu’aucun texte lu au Chemin de Fer ces trois dernières années n’a provoqué en moi autre chose qu’un très grand bonheur de lecteur… alors que déjà je vois poindre un nouveau recueil de Beatrix Beck à l’aube du Marché de la Poésie. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire, vous rendre cette fin de semaine place Saint-Sulpice et récolter quelques-uns de ces petits et magnifiques opuscules.

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