analyses post-situationistes

« Car la Théorie est pour beaucoup de ces collectifs une affaire majeure. elle est bien sûr un moyen de posséder une compréhension globale de la réalité sociale, mais elle participe aussi, de manière inavouée, à la construction d’une identité de groupe qui permet de se différencier, de se poser en s’opposant. Activité à part entière, la production d’un discours théorique peut en outre avoir des vertus compensatoires, quand manque une prise directe sur les événements, ou même devenir un pur objet de jouissance: par sa maîtrise d’un vocabulaire bien rôdé, par l’usage ou l’invention de concepts dont il peut complexifier les architectures à loisir, le Théoricien se sent soudainement investi d’une puissance intellectuelle qui fait défaut à la plupart de ses semblables. Il a compris le fonctionnement du système jusque dans ses moindres rouages, et non seulement il connaît les forces qui le rongent de l’intérieur, mais il est lui-même au cœur de ce travail de sape. D’où, souvent, la raideur aristocratique de bon nombre de post-situationnistes méprisant les foules serviles, ou les militants politiques enferrés dans leurs illusions.
Tout au long des années 1970 à 2000, cette passion pour la théorie se traduisit par une efflorescence de traités alignant souvent des suites de thèses numérotées (à la manière de La Société du spectacle), hérissés de concepts philosophiques empruntés au marxisme, et dont me caractère particulièrement ardu était heureusement compensé par des fulgurances colériques ou des traits d’humour dévastateurs (le sommet en la matière sera ans doute atteint par la Bibliothèque des Emeutes, devenue observatoire de télologie dans les années 2000, qui diffusa plusieurs textes-fleuves rédigés dans un langage néo-Hégelien quasi hallucinatoire). Autour de la théorie se jouaient des discussions sans fin, des controverses et des exclusions qui pouvaient être assez féroces […] »

Publicités
Par défaut

Une réflexion sur “analyses post-situationistes

  1. Patrick Marcolini, « Le Mouvement situationniste, une histoire intellectuelle », publié aux éditions de l’Échappée. Le passage cité fait allusion à la postérité, parfois encombrante, du mouvement situationniste et de ses travers.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s