Dans les espaces intermédiaires

fredphilemon

Je me retrouvai soudain sur une scène vide, devant une salle déserte. Mes pas résonnaient de manière étrange. Les chaises et les tables étaient soigneusement alignées, comme pour une représentation. J’étais seul devant elles, au milieu d’un décor de forêt. Je voulus ouvrir la bouche pour dire quelque chose à voix haute, mais le silence me glaça.

Soudain j’aperçus le trou du souffleur. Je me penchai et regardai à l’intérieur. Les premiers instants, je ne distinguai rien, mais, petit à petit, je découvris le sous-sol de la scène, rempli de chaises cassées et de vieux accessoires.

Très prudemment, je me faufilai dans le trou et descendis en dessous.

La poussière s’était déposée partout en une couche épaisse. Dans un coin, il y avait des étoiles et des couronnes en carton doré qui avaient probablement servi pour une féérie. Dans un autre s’entassaient des meubles rococo, une table et quelques chaises aux pieds brisés. Au milieu présidait un fauteuil solennel, quelque-chose ressemblant à un trône royal.

Je m’y enfonçai, fatigué. Enfin je me retrouvai en un lieu neutre, où personne ne pouvait soupçonner ma présence. Je m’accoudai aux bras dorés du fauteuil et me laissai bercer par une délicieuse sensation de solitude. L’obscurité se dissipa peu à peu. La lumière du jour pénétrait, sale et poussiéreuse, au travers des double fenêtres. J’étais loin du monde, loin de ses rues chaudes et exaspérantes, dans une cellule fraiche et secrète, au fond de la terre. Le silence flottait dans l’air vieux et putride.

Qui aurait pu deviner où j’étais? C’était le lieu le plus insolite de la ville et j’éprouvais une joie calme à l’idée de m’y trouver. J’étais entouré de fauteuils distordus, de poutres poussiéreuses et d’objets abandonnés: c’était le lieu de rencontre de tous mes rêves.

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Une réflexion sur “Dans les espaces intermédiaires

  1. image: une case du « Voyage de l’incrédule », cinquième album des aventures de Philémon, par Fred. Hautement recommandable bien entendu.
    le texte est un extrait des « Aventures dans l’irréalité immédiate », du roumain Max Blecher, dans la nouvelle traduction d’Elena Guritanu pour les éditions de l’Ogre (http://www.editionsdelogre.fr/books/view/4). Très beau texte contenant de nombreux moments de bravoure. On peut en lire quelques autres extraits et une critique sur la « Membrane » de Romain Verger (http://membrane.tumblr.com/search/max+blecher)

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