hors les jungles

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« Après Mouhogoué, on ne sort des jungles que pour trouver de grands arbres qui s’élèvent d’un sable rouge, et l’on ne débouche de la forêt qu’en arrivant au district de Mouhonyéra, c’est à dire au bord du plateau qui forme la terrasse méridionale du Kingani. L’homme est rare dans cette région malsaine où abondent les animaux sauvages. Les hyènes se font entendre aussitôt que le soleil est couché, et nos guides se préoccupent des lions. Pendant le jour, de petits singes gris, à face noire, nous regardent avec un sérieux imperturbable; puis leur curiosité satisfaite, ils glissent de la branche où ils étaient immobiles, et s’éloignent en bondissant comme des lévriers joueurs. La plaine, d’un vert sombre, et qui se déploie sous la brume, offre les pires couleurs du Gujerat et du Téraï; à l’ouest, un cône peu élevé brise l’horizon qui est d’un bleu livide; enfin, au nord de ce monticule, se dresse une montagne coiffée de nuages, où l’œil fatigué se repose. L’endroit où nous arrivons le jour suivant est désigné par les arabes sous le nom de Vallée de la mort et de Séjour de la faim. Nous descendons à travers un hallier où s’éparpillent quelques champs de sorgho, et nous gagnons, après trois heures de marche, un affluent a demi desséché du Kingani; l’eau en est détestable, une odeur putride s’échappe de la terre brune et moite; de gros nuages, fouettés par un vent furieux, lancent d’énormes gouttes de pluie qui s’enfoncent comme des balles dans le sol détrempé; les arbres gémissent en se courbant sous la tempête, les oiseaux s’éloignent avec des cris perçants, et les bêtes fauves se précipitent dans leurs tanières. Le capitaine Speke a la fièvre; plusieurs de nos hommes sont malades, nous sommes tous épuisés; cependant, en dépit de notre fatigue, nous marchons le lendemain pendant sept heures. A la croisée de la route de Mbouamaji, cinquante indigènes nous barrent le chemin; ils sont appuyés d’une réserve qu’on aperçoit sur la gauche. L’affaire s’arrange, nous passons, et je ne peux qu’admirer les formes pures de ces jeunes guerriers qui, dans l’attitude la plus martiale, tiennent leur arc d’une main, et de l’autre un carquois rempli de flèches dont le fer aigu vient de recevoir une nouvelle couche de poison. »

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Une réflexion sur “hors les jungles

  1. illustration: gravure de Lavieille illsutrant le Voyage aux grands lacs de l’Afrique Orientale de Richard Burton, dont le texte est un extrait. Beauté des descriptions, paysages indissociables d’un état de fièvre quasi permanent hantent ce carnet de voyage de 1857. Un monument de l’aventure qui passe plus de temps à parler des hommes et de la nature qu’à s’arrêter sur les péripéties. Un homme meurt comme on disparait, en tombant dans un trou ou en traversant des halliers. La mort solitaire en est presque considérée comme chanceuse, tout le monde se satisfaisant que la peine n’ait été plus dure pour l’ensemble du groupe. Et l’on avance, à ne plus vraiment savoir où l’on va, le long d’une route qui n’aboutit nulle part pour Burton.

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