Et maintenant? Rien.

plan d'une locomotive 3

Il pleut. La gare est minuscule. Rien à voir avec les mastodontes parisiens – bâtiments gigantesques, plateformes et sous-sols, structures métalliques des grands hangars qui s’étalent au dessus des travées et des couloirs -, ces gares aux écussons brillant, affichant leurs destinations comme autant de titres de gloire, médailles pierreuses ou émaillées sous les verrières. Ces constructions ne sont pas faites pour les hommes. Des temples, peut-être, destinés à quelques dieux de métal, des monstres d’acier aux moyeux puissants, aux cœurs rouges et à la gueule fumante. Dieux de charbon qui régnaient encore un siècle plus tôt. Retour au lieu de leur naissance…

Les hommes ont reconquis les grandes gares. Ils ont installé des bâtiments plus petits, des guérites et des abris à leur taille, aux plafonds moins hauts. Des plafonds sous les plafonds, des murs entre les murs pour délimiter l’espace à leur convenance, pour se rassurer. Ils se sont installés discrètement, sur les côtés, le long des coursives, laissant dégagés de larges espaces pour le retour éventuel des esprits rugissants.

Je rêve de ces temples, mais ce qui s’étale derrière moi n’est même pas une chapelle. Une gare neuve, un petit bâtiment indistinct, sans prétentions, sans ambitions, un cube de verre qui effleure à peine l’herbe des prés. Quand je parle de ma ville à Paris, on me parle de la gare. Ils ne connaissent que ça. « Ah oui, c’est l’arrêt au milieu des vaches, avant Lyon… » Oui. Ironique destinée de la ville qui livra des trains à toutes les nations du monde – « à l’Angleterre ! » criera-t-on même à la tribune du corps législatif – d’être un cul de sac ferroviaire.

Et maintenant ?

Maintenant rien.

Quelques plaques de verre au bord d’une voie à grande vitesse, un muret de briques jaunes. Trois voyageurs montent, cinq descendent, empruntent le passage souterrain. Les murs se fendillent, attaqués par l’eau et les vibrations. La gare du futur appartient déjà au passé. Création d’un rêve mort-né, projet né d’un malentendu politique, une erreur dans le plan d’aménagement du territoire. Un point gris entre le vert des champs et l’ocre de la terre fraichement retournée. La ville des trains est une ville sans gare.

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