Pas dans le cul aujourd’hui

Egon Bondy aktualita-203-2

« Je n’ai jamais été trop encline à me comporter de manière raisonnable, sans doute simplement parce que je ne suis pas du tout raisonnable ou parce que tout ce qui est sain et raisonnable me répugne de manière presque physique. Tout ce que j’ai fait dans ma vie et dont j’ai eu honte, je l’ai fait parce que c’était raisonnable. non merci, sans façon, gardez-moi de la peste, du typhus et de l’esprit raisonnable. Le raisonnable, ce sont les affiches antialcooliques, la gestion d’État, les préservatifs et la télévision, c’est la poésie stérile qui sert la bonne cause; pour l’amour du ciel, épargnez-moi le raisonnable, j’ai assez de vitalité pour en supporter plus que n’importe qui d’autre, mais le raisonnable me ferait mourir en moins d’une semaine de la mort la plus triste qui soit, le raisonnable détruit en moi tout ce qui fait sens, il m’ôte toutes mes forces, qu’elles soient érotiques, intellectuelles ou autres. donc je veux bien croire que ce n’est pas parce que je suis raisonnable que je me dis que si nous restons ensemble, ce ne sera qu’après une décision vraiment libre. Et c’est justement parce que je n’ai pas une miette de cette vanité si respectée et honorée dans ce monde irrationnel […] que je sais ne pas m’imposer de limites, ou plus exactement que je refuse de m’en imposer. elles ne sont pas de mon monde. Si je sens ton baiser, je veux un autre baiser et je me dis qu’il doit en être ainsi »

Une fois n’est pas coutume, on ne citera pas la source en commentaire mais ici. Le texte ci-dessus est extrait de Pas dans le cul aujourd’hui, publié de fraîche date aux éditions La Contre-Allée ; une lettre d’amour écrite par Jana Cerna (une poétesse underground tchèque des années 50 aux années 70) à son amant, le philosophe et poète Egon Bondy. C’est sublime de bout en bout, probablement l’un des plus beaux textes d’amour (mais pas seulement, que les catégorisations semblent limitatives devant cette merveille) qu’il m’ait été donné de lire, avec le Blesse, ronce noire de Claude Louis-Combet.

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