superficialités

 

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Il avait dans ses gestes une grâce peu commune. Une beauté céleste qui arrachait des frissons aux femmes comme aux hommes. La façon même qu’il avait d’allumer ses cigarettes, une gestuelle de précision. Il fumait une marque égyptienne au monogramme prestigieux, de fines cigarettes dorées qu’il entreposait dans une boîte au couvercle d’émaux travaillée. Un ami la lui avait faite sur ses indications.

De ses doigts longs, il extrayait le tube de papier de sa gangue métallique. La main gauche refermait l’étui d’un mouvement précis, ni trop faible, ni trop fort, pour ne pas abimer le fermoir. Claquement sec. La main droite effectuait une passe jusqu’à son visage, et il humait le tabac d’un air pénétré… quelques secondes durant. Il y avait une tension dans ces simagrées. A ce moment, les discussions se taisaient, on attendait la suite, le geste suivant, la course de l’embout vers ses lèvres fines…

… et la main repartait dans une danse imprévue jusqu’au paquet. Trois, quatre tapotements en guise d’avertissement : ils disaient « Je ne suis pas si prévisible ».

puis tout s’accélérait. La cigarette était à ses lèvres et déjà, la main gauche, à laquelle plus personne ne faisait attention, avait extrait d’une poche une allumette unique qu’il s’en allait gratter sur la table, toujours vers l’avant, comme s’il allait enflammer l’assemblée. La gauche se précipitait alors que la droite assurait fermement la prise sur le tube. La pointe de l’allumette éclatait en flammèche, voltigeant jusqu’à sa bouche. Les joues se creusaient, révélant des pommettes prononcées. Et l’inspiration n’en finissait plus

La gauche, d’un mouvement unique, sec, fouettait la brindille au vent, séchant la flamme. Le bâtonnet noirci était ensuite envoyé sur le sol, d’une pichenette négligée, la main venait se poser sur la table. La tête se redressait un peu, l’autre main s’écartait enfin, et un souffle voluptueux, à la senteur profonde envahissait notre table. C’est alors seulement que les discussions pouvaient reprendre.

Je n’ai jamais réussi à reproduire cet enchainement de mouvements. J’étais pour ma part un fumeur sec, nerveux, de ceux qui palpent fébrilement le fond de leur étui pour en extraire le tabac. Tout se fait en un instant qui s’oublie aussitôt, dans un mouvement inélégant exécuté de façon parfaitement mécanique. Un réflexe.

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